« Les Elles d’Hébron », bilan du projet

L’histoire du projet

Malgré les progrès de la condition de la femme dans les pays musulmans, la pratique du sport féminin dans un pays du Moyen-Orient reste aujourd’hui compliquée. À Hébron, en Palestine, le club féminin de handball peine à faire vivre son activité. Début 2018, Anwar Abuesche, Président de l’Association d’Échanges Culturels Hébron-France (AECHF), a contacté le Handball Club Arcueillais (HBCA) pour lui faire part des difficultés que rencontre le club d’Hébron. Ces échanges sportifs entre Hébron et Arcueil ont déjà eu lieu, depuis 30 ans, à l’initiative de l’ancien Maire d’Arcueil, Daniel Breuiller, et du COSMA Basket. L’équipe sénior féminine de handball d’Arcueil, concernée par la cause des femmes dans le sport, a répondu favorablement à cette sollicitation. Le HBCA s’est alors tourné vers la Maison des Solidarités et la Ville d’Arcueil dans l’accompagnement des porteurs de projet. C’est ainsi que le projet « Les Elles d’Hébron » est né.

Le club hébronite est le premier club féminin à être affilié à la Fédération Palestinienne de handball. Ce club, qui risque de perdre son entraîneur pour des raisons financières, souffre d’un manque de visibilité et d’encouragement dans la pratique du sport féminin, et rencontre de grosses difficultés matérielles et financières.

« Les Elles d’Hébron » s’est donc construit autour de trois grandes thématiques : la place de la femme dans le sport, l’égalité femmes-hommes et la solidarité internationale. L’action conjuguée de quatre acteurs : le HBCA, l’AECHF, la Ville d’Arcueil et la Maison des Solidarité, qui partagent ces trois thématiques, autour d’un même projet, sera un gage de réussite.


« Les Elles d’Hébron » en Palestine

Lorsque l’AECHF a interpellé le HBCA, elle lui a fait part des difficultés que l’équipe féminine de handball d’Hébron rencontrait. Le HBCA et la Maison des Solidarité ont décidé de mettre en place des actions de levées de fonds ici, à Arcueil, et des actions de sensibilisation dans le but de se rendre à Hébron, puis de faire venir l’équipe hébronite à Arcueil. Le HBCA a donc organisé des tournois et s’est montré présent sur des évènements destinés à la collecte de fonds. Ces sommes récoltées ont permis aux «Elles d’Hébron» d’avoir suffisamment d’argent pour mener le projet à terme. Le HBCA a également reçu le soutien financier de la Ville d’Arcueil et du Conseil Départemental du Val-de-Marne.

Le premier contact entre « Les Elles d’Hébron » et l’équipe hébronite s’est fait en novembre 2018, lors d’une visioconférence à la Maison des Solidarités. C’est alors que le projet s’est concrétisé, jusqu’au départ des « Elles d’Hébron », en avril 2019, à destination d’Hébron.

Le dimanche 21 avril 2019, Marie, Maylis, Noémie, Emna, Cécile, Agnès, Clémentine, Wynn, Nadia, Sabrina, Fatma, et le Coach Thibault, arrivent au local de l’AECHF à Hébron. Ils y déposent les valises de matériel sportif apportés de France. Aux côtés d’Anwar et des bénévoles de son association, ils rencontrent pour la première fois les joueuses de l’équipe hébronite, et leur coach, Fayez.

Durant une semaine, ils sont logés dans les familles des joueuses. Grâce aux échanges avec les joueuses hébronites et leurs familles, ils découvrent la culture de cette ville extrêmement conservatrice du Moyen-Orient, bâtie sur des terres saintes vénérées par les trois religions monothéistes. Ils visitent une ville détruite par la guerre, toujours sous surveillance Israélienne, et partagent avec les habitants sur leur « cohabitation » avec les colons, et leur niveau de vie, vivants quotidiennement entre des murs, sous des tours de contrôle, des déchets et des barbelés. Auprès d’Anwar et de sa femme Chantal, ils apprennent les actions précieuses menées par l’AECHF sur Hébron et le parcours combatif de cette association.

Les deux équipes de handball se rencontrent aussi sur le terrain, dans le gymnase municipal que Coach Fayez doit payer de sa poche pour utiliser. C’est dans ce gymnase aux vestiaires sales, au sol glissant et mal entretenu, que les deux équipes partageront des entraînements et s’affronteront en matchs. Malgré un mélange des équipes, le contact lors des oppositions est délicat, et en dépit des efforts de tous pour parler anglais, la communication sur le terrain n’est pas évidente. Mais au fur et à mesure de la semaine, chacun apprend à se connaître et à jouer ensemble. « Les Elles d’Hébron » se rendront également dans une école pour jeunes filles à Hébron. Grâce au matériel amené avec eux, ils prennent en main le cours de sport des élèves, qui courent,

dribblent et tirent avec plaisir dans la petite cour de récréation entourée de murs et de barbelés. À la Mairie d’Hébron, « Les Elles d’Hébron » retrouvent Anne-Marie Gilger-Trigon, la première adjointe au Maire d’Arcueil, qui s’est entretenue avec le Maire d’Hébron pour évoquer le partenariat entre Hébron et Arcueil. Malgré un discours encourageant, le Maire refusera de discuter avec « Les Elles d’Hébron » du sport féminin dans sa ville. « Les Elles d’Hébron » se rendront également à l’Université de Naplouse, pour rencontrer leur équipe féminine de handball ; à Bethléem où ils découvriront le mur, tagué de messages d’espoirs ; et à la Mer Morte. Durant ces déplacements, « Les Elles d’Hébron » sont accompagnés par des joueuses hébronites qui, pour la plupart, quittent pour la première fois les frontières de leur région et découvrent leur propre pays. Le dernier jour, la séparation est difficile, tous sont émus par ces jours passés ensemble, ces partages, ces découvertes, cette «parenthèse» dans la vie de ces jeunes filles oppressées autant en tant que femme qu’en tant que Palestinienne.

Ce voyage a été, pour « Les Elles d’Hébron », un apport culturel enrichissant et stimulant. Chaque membre a pu découvrir, étonné ou intrigué, la culture locale, les différents points de vue et perspectives, les coutumes et les normes sociales. En comparant et contrastant avec les joueuses palestiniennes les valeurs de la culture hébronite avec celles de la culture française, ils ont pu s’enrichir mutuellement, rappelant qu’on ne doit pas s’enfermer sur nous-même, mais aller vers l’autre au travers d’échanges interculturels comme celui-ci.


Le match retour


De retour en France, « Les Elles d’Hébron » sont déterminés à aller au bout de leur projet, et faire venir l’équipe de handball hébronite à Arcueil. Le groupe, désormais très soudé, se rencontrera régulièrement pour organiser la venue des filles, et poursuivra les collectes de dons.

Le vendredi 25 octobre 2019, c’est Sahar, Heba, Raghd, Hala, Diana, Safaa, Rand, Nermin, Svetlana, Sali, Walaa, Banan, Elen, ainsi que Ghaydaa, le Coach Fayez, et leur fille Salma, qui posent leurs valises à la Maison des Sportifs d’Arcueil. Tous sont répartis dans les familles arcueillaises, pour la semaine.

Durant le séjour, de nombreuses visites sont organisées par «Les Elles d’Hébron», ainsi que des réceptions officielles avec le Maire d’Arcueil, Christian Métairie, ainsi que ses Élus, la Maison des Solidarités, et les membres du bureau du HBCA ; autant de personnes à qui le Coach Fayez offrira un souvenir de Palestine en remerciement.

Pour l’équipe de handball hébronite, la semaine commencera par la Visite d’Arcueil, avec notre guide, ainsi que notre co-équipier et traducteur, Ridha. Prenant en photo et se prenant en « selfie » devant chaque immeuble, tout est nouveauté pour les jeunes filles. Dans le parc Paul Vaillant Couturier, elles s’exclament devant les arbres et les feuilles au sol, elles en ont si peu chez elles. L’après-midi, à la Vache Noire, elles dévalisent le magasin de produits de beauté, pour elles, mais aussi pour ramener à leurs proches. Plus tard dans la semaine, devant la Tour Eiffel, les Champs-Élysées, le Louvre, ou Versailles, les filles sont éblouies. Avec leurs téléphones, elles partagent sans cesse leurs visites avec leurs familles. À Étretat, les filles passent de longues minutes à observer la mer. Pour certaines, ce n’est que la seconde fois qu’elles la voient. Au restaurant, elles goûtent les plateaux de fruits de mer, curieuses. L’équipe de handball hébronite se rend également à deux matchs professionnels de handball, un féminin, un masculin. Certaines observent attentivement les joueuses et joueurs, d’autres filment tout, pour ne jamais oublier. À la Maison des Solidarité, elles sont contentes de découvrir l’exposition photo que « Les Elles d’Hébron » avait organisé à leur retour de Palestine. Elles se cherchent sur les photos, demandent de quoi parlent les textes qui y sont associés. L’équipe de handball hébronite passera également une après-midi au gymnase Dimet à découvrir plusieurs sports : l’escalade, le tchouk-ball, le roller, le kin-ball, le vélo.

Elles le disent, « c’est un baptême ». Accompagné chaque jour par « Les Elles d’Hébron », le collectif palestinien prendra une photo de groupe devant chaque monument, chaque lieu visité, arborant toujours fièrement le drapeau palestinien. De nombreux passants montreront du soutien aux palestiniennes, échangeant avec elles quelques mots, les questionnant, les félicitant, les prenant en photo. Les filles sont étonnées, elles qui pensaient que leur cause était oubliée.

C’est surtout une rencontre culturelle qui a lieu durant cette semaine. Ces filles qui, pour certaines, n’ont pas accès à l’éducation supérieure, la pratique professionnelle, ou les pratiques sociales qui nous semblent bénignes, comme aller au cinéma ou passer une soirée avec des amis, découvrent notre culture. Car malgré quelques familles hébronites qui sont favorables au changement et à la « modernisation », d’autres, plus conservatrices, vont à l’inverse freiner et empêcher la parité entre les femmes et les hommes. Chez nous, elles ont l’occasion de sortir de l’espace domestique qu’elles occupent chez elles, et de découvrir l’espace public, l’espace qu’elles appelleront «liberté». Cette liberté, au travers de discussions enrichissantes avec les membres des «Elles d’Hébron», elles la questionnent : « Ici, vous êtes libres, mais vous avez tellement de règles de politesse ! ». Elles aussi, ont vécu ce choc culturel, qui nous pousse à découvrir les coutumes et les normes sociales de l’autre.

Outre les entraînements avec les séniors féminines arcueillaises, le tournoi d’Halloween, le 31 octobre, en présence de nombreux licenciés du club, sera un tournant dans le séjour. Ces jeunes joueuses, toujours séparées des hommes, autant dans les maisons que dans les gymnases, se retrouvent incorporées dans des équipes mixtes. Et elles sont heureuses. Elles se maquillent et se préparent pour le tournoi, impatientes, car à Hébron, Halloween, c’est interdit. Elles se sentent en sécurité, entourées par les membres des « Elles d’Hébron », et par tous les bénévoles et joueurs du HBCA présents. Elles jouent avec plaisir, acceptent le contact avec les hommes, échangent et rigolent avec eux, elles sont enfin sur un pied d’égalité. Le lendemain, les paroles du Coach Fayez, lorsqu’il évoque le tournoi, marqueront les esprits : « En les regardant jouer, j’ai compris que le plus important n’était pas la compétition, mais le plaisir. Je veux mélanger les joueuses avec leurs familles, comme ça, les femmes et les hommes seront mélangés, ainsi que les générations ». Pour « Les Elles d’Hébron », c’est une victoire.


Texte rédigé par Wynn SMITH, responsable de la communication

et membre des Elles d'Hébron

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